Clitoridectomie au xixe siècle, en Europe et aux USA

Clitoridectomie au xixe siècle, en Europe et aux USA

Un article du numéro 35

Aujourd’hui, des voix s’élèvent contre l’Évars. On va jusqu’à accuser ses promoteurs de vouloir apprendre la masturbation aux petits enfants, ce qui est évidemment faux. Mais c’est un reproche intéressant, qui témoigne d’une vision particulièrement horrifique – et erronée – de cette activité dans la prime enfance. On en oublierait que, pendant longtemps, la répression de la masturbation, considérée comme une maladie infâme, fut aussi obsessionnelle que cruelle. Port de gants rugueux, surveillance continue, habits de contention, punitions féroces, anneaux métalliques à travers le prépuce ou les petites lèvres, ceintures de chasteté, la pédagogie noire, en ce qui concerne le sexe des enfants, n’avait pas de limites. C’était pourtant aussi une forme d’éducation sexuelle et affective, mais avec des objectifs exactement contraires, fondée sur le dressage, et utilisant toutes les formes de traumatismes pour écraser l’aspiration au plaisir et à la liberté d’aimer.

En ces temps où on se bat de toutes parts, et à raison, pour en finir avec les mutilations génitales féminines, de l’Unicef au grand mufti d’Égypte (celui-ci s’est fendu, en 2018, d’une fatwa les interdisant au nom du principe religieux de la protection du corps tout acte pouvant avoir des effets néfastes, et rappelant que la charia n’évoque nulle part cette pratique ; d’ailleurs les filles du Prophète n’étaient pas excisées), penchons-nous sur l’histoire de l’Europe coloniale et donc « civilisée ».

Le clitoris est décrit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : il s’agit d’« une partie extrêmement sensible, et qui est le siège principal du plaisir dans la femelle, raison pour laquelle quelques-uns lui ont donné le nom d’œstrum veneris, aiguillon de Vénus. Il s’est trouvé des femmes qui en ont abusé. Lorsqu’il avance trop en dehors dans la femme, on en retranche une partie, et c’est en quoi peut consister la circoncision des femmes. Il est quelquefois si gros et si long, qu’il a tout à fait l’air d’un membre viril, et c’est de là souvent que l’on qualifie des femmes d’êtres hermaphrodites ».

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Pour une éducation à la sexualité et au genre dans l’enseignement supérieur

Pour une éducation à la sexualité et au genre dans l’enseignement supérieur

Un article du numéro 35 en avant-première

En 1980, dans une des plus prestigieuses « grandes écoles » françaises, un professeur de philosophie étrangle sa femme.

Ancienne résistante communiste, puis exclue du Parti, chargée d’études ayant participé à diverses enquêtes sociologiques sur le développement rural de la France et de ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne, la conscience ouvrière, l’organisation du travail ou l’automation, au sein de l’Organisation européenne de coopération économique, puis de la Société d’études pour le développement économique et social, une fois à la retraite, Hélène Rytmann Legotien s’implique avec enthousiasme dans une enquête collective sur la mémoire ouvrière et le changement social à Port-de-Bouc, autrefois port de commerce jouxtant des salins, une usine à plomb et une sécherie de morue et, en cette fin des années 1970, centre important de l’industrie pétrochimique. Elle se sent revivre, loin de l’homme avec qui elle vit depuis plus de trente ans et qu’elle veut quitter.

Au matin du 16 novembre 1980, alors qu’elle est partie de Port-de-Bouc la veille, elle est étranglée par son mari, le philosophe Louis Althusser, dans leur appartement de l’École nationale supérieure, où il enseigne, à ce qui deviendra le gratin de l’intelligentsia parisienne. Grâce au médecin de l’école, à son directeur, à ses collègues et amis, Louis Althusser est rapidement emmené à l’hôpital Sainte-Anne. Déclaré « en état de démence au moment des faits » par trois psychiatres, deux mois plus tard il bénéficie d’un non-lieu.

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